Vítězslava Kaprálová, une étoile filante de la musique classique, disparue à 25 ans (18/01/2026)

La compositrice tchèque Vítězslava Kaprálová, dont le génie s’est trop tôt éclipsé, mais dont l’héritage musical continue de nous émerveiller.

Vítězslava Kaprálová est née le 24 janvier 1915 à Brno dans l’empire austro-hongrois (mainteanant en république tchèque) dans une famille de musiciens. Son père Václav Kaprál, un ancien élève de Leoš Janáček, était un compositeur reconnu et sa mère Vítězslava Kaprálová (née Viktorie Uhlířová) était chanteuse.

Václav Kaprál eut une grande influence sur sa fille : « La musique de son père, Václav Kaprál, a profondément marqué la jeune compositrice. Cela transparaît clairement dans le lyrisme mélancolique inspiré des mélodies folkloriques moraves que l’on retrouve dans plusieurs de ses compositions. » (Entretien de Bachtrack avec Karla Hartl)

À l’âge de 15 ans, elle entre au conservatoire de Brno, où elle étudie la composition avec Vilém Petrželka la direction d’orchestre avec Zdeněk Chalabala. Puis de 1935 à 1937, elle continue ses études sous la houlette de Vítězslav Novák et de  Václav Talich à Prague.

Puis elle part s’installer en France, où elle poursuit sa formation auprès de  Bohuslav MartinůCharles Munch en 1937-39, ainsi que selon certaines rumeurs auprès de Nadia Boulanger en 1940. La relation entre Kaprálová et Martinů fut d’abord musicale, mais s’est rapidement enrichie d’une dimension personnelle profonde. Avec bien sûr leur amour de leur patrie tchèque comme ressort puissant de leur amitié.

Kaprálová apportait à la vie du compositeur vieillissant passion, charisme, intelligence et talent extraordinaire : « Le charisme et l’immense passion pour la vie de Kaprálová ont inspiré Martinů, alors âgé. Ses Tre ricercari, l’intime Quatuor à cordes n° 5 et le puissant Double concerto, tous composés en 1938, reflètent certaines des émotions fortes qu’elle a suscitées en lui. » (Entretien de Bachtrack avec Karla Hartl)

Une Carrière Éclair mais Éblouissante

Ce qui fascine particulièrement, c’est que malgré sa jeunesse, Kaprálová n’a pas attendu avant de marquer la scène musicale. Durant les années 1930 et 1940, Kaprálová jouit d’une reconnaissance croissante. Ses œuvres sont programmées par de grands chefs d’orchestre. Elle-même devient chef d’orchestre reconnu et collabore avec l’Orchestre philharmonique tchèque.

En 1937, elle dirige elle-même l’Orchestre philharmonique tchèque dans sa Sinfonietta militaire – un succès d’estime qui établit immédiatement sa réputation de compositrice et de chef d’orchestre douée. L’année suivante, elle franchit le Channel et dirige la BBC Orchestra dans la même œuvre, recueillant des critiques enthousiates outre-Manche.

Mais – et c’est un grand « mais » – les femmes compositrices de cette époque font face à des obstacles systémiques considérables. Les critiques, les programmateurs, les institutions sont dominés par des hommes qui reconnaissent son talent tout en le minorant, comme le feront nombre d’historiens bien après.

C’est ici que notre histoire prend une tournure douloureuse. Le 16 juin 1940, à seulement 25 ans, Vítězslava Kaprálová meurt à Montpellier, en France. La cause n’est pas connue précisément : officiellement elle succomba d’une tuberculose, mais il semble qu’elle avait une tumeur cancereuse qui pourrait avoir été à l’origine de son décès.

Une Œuvre d’une Richesse Remarquable

Bien que sa carrière ait été courte, du fait de sa mort tragique en 1940, Kaprálová a laissé un répertoire riche et divers. La musique de Vítězslava Kaprálová se situe dans une belle continuité avec la tradition tchèque romantique et post-romantique, tout en regardant vers la modernité. Elle possède une élégance naturelle, une orchestration raffinée, et une sensibilité harmonique empreinte de subtilité. Ses œuvres reflètent à la fois la solidité de sa formation et son unique personnalité créative.

Source Beethoven et les autres

Sbohem a Šáteček (Adieu) (1937) : C’est une mélodie composée à l’occasion du départ de la compositrice pour Paris, comme un adieu à a ville de Prague : « La chanson est un long adieu – comme à un amant – à la ville. Le motif descendant de l’ouverture souligne non seulement la substance musicale de la chanson, mais apparaît également comme un symbole d’adieu. Dans un cadre magnifiquement soutenu, Kaprálová englobe à la fois le regret le plus doux et les sommets de l’éloquence sur les mots « mon destin est la chanson ». L’accompagnement au piano amplifie non seulement le sens des mots, mais possède également une qualité presque symphonique, unissant l’ensemble. » (Jan Smaczny, livret de l’enregistrement Sparks from Ashes, Nicky Spence

12:48 | Tags : vítězslava kaprálová | Lien permanent | Commentaires (0)