Josef Myslivecek, Mozart l’admirait, nous l’avions oublié (22/06/2023)

Cinéma Petr Vaclav réhabilite Josef Myslivecek, compositeur méconnu, dont la musique a conquis l’Italie du XVIIIe siècle. Un film sur la création, la condition féminine et l’élite culturelle.

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Josef Myslivecek fait partie des oubliés de l’histoire, ces hommes qui ont eu du succès et une certaine notoriété en leur temps avant de disparaître des mémoires. Ce compositeur tchèque dont le nom imprononçable devient presque un gimmick d’ Il Boemo, le sixième long métrage de Petr Vaclav, a pourtant conquis les cours italiennes dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Mais, comme pour rappeler sa fin tragique, le cinéaste le découvre d’emblée au crépuscule de sa vie, tentant de vendre ses derniers biens au mont-de-piété afin de subvenir à ses besoins essentiels. Un masque dissimule ce visage littéralement rongé par la syphilis. Comment cet homme à qui l’on donne du « maestro » a-t-il pu arriver à cet état de dénuement ? C’est ce qu’interroge le cinéaste en tentant à la fois une réhabilitation du musicien et de son œuvre. Avec ses compositions réenregistrées pour l’occasion. Car ce contemporain de Mozart, de presque vingt ans son aîné, était admiré par le génie autrichien. Celui-ci a en effet repris l’une des ouvertures du Tchèque pour l’un de ses opéras. Leur rencontre donne d’ailleurs lieu à une scène cocasse aux allures de clins d’œil à Amadeus, même si  Il Boemo se veut plus austère que le chef-d’œuvre de Milos Forman.

étude de mœurs

Vaclav recourt aux flash-back afin de mieux dessiner le parcours de son personnage. Venu parfaire sa formation à Venise, Josef Myslivecek vivote d’abord en donnant des cours à de riches aristocrates. Une rencontre fortuite et le voilà introduit auprès des gens qui comptent dans l’univers musical de la cité des Doges. Comme compositeur, il sait ce qu’il veut. Il entend créer pour les plus grands, utiliser au mieux les voix d’exception des meilleurs chanteurs et semble toucher du doigt son rêve en travaillant avec la Gabrielli, une cantatrice à sa mesure. Sa vie intime est plus chaotique. Amant successif d’une de ses élèves qui compte sur lui pour échapper à un mariage forcé, d’une aristocrate libertine et de sa diva cyclo- thymique, il semble ballotté par les femmes, ressemble à une marionnette. Mais, au-delà du portrait, Il Boemo assume l’étude de mœurs. 

Outre une réflexion sur la condition féminine, le film se veut un tableau des inégalités sociales. Des détritus jetés des loges de l’opéra sur le peuple du parterre témoignent du mépris de l’aristocratie. Un viol conjugal dans une grande famille confirme que les crimes sexuels se déroulent dans tous les milieux. La coprophilie d’un souverain qui s’émeut devant ses excréments devient une métaphore de sa vision du monde. Il Boemo est aussi un film sur les artistes, leur travail, leur passion, leurs failles et la manière dont leur talent n’est pas toujours considéré à sa juste valeur. Ici une élite culturelle donne le la. Pas toujours avec bon goût. Et rejette d’un revers de main ce qu’elle a adulé. Peut-être faut-il y voir une analogie avec le cinéma, ses différences de rémunération et la versatilité des financiers ou le simple regret qu’un grand compositeur ne soit pas reconnu à sa juste valeur. Après le succès d’ Amadeus, Milos Forman avait vainement rêvé de faire un film ayant pour sujet Josef Myslivecek. Petr Vaclav l’a fait. 

Source l'Humanité Michaël Mélinard

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